Stockholm.
Fin des années 50.
Je
n’ai pas vécu ces évènements qui m’ont été contés par Yvan que je ne connaissais pas encore ; il était
marié, à l’époque, avec sa première épouse.
Il
travaillait depuis quelques années dans une importante société suédoise
« AGA » un peu l’équivalent (et l’un des concurrents) de « AIR
LIQUIDE » en France.
En
tant que dessinateur industriel, il était dans le service des phares et balises, un important secteur
de la société. Mais il s’ennuyait. Le fait qu’il était sans doute à l’époque un
des dix spécialistes au monde dans ce domaine lui importait peu : il en
avait ras le bol de dessiner des phares et des balises !
Il
sait que AGA a une filiale à Buenos Aires. Un retour sur les lieux de sa
jeunesse ne lui déplairait pas.
En
Suède, il est plus facile d’accéder à la direction de l’entreprise que dans le
reste de l’Europe. Il parvient donc facilement à être reçu par le Président de
AGA, Gunnar DALEN, qui n’est autre que le fils aîné de Gustav DALEN, fondateur
de AGA et Prix Nobel de physique en 1912 pour ses travaux, précisément, sur les
phares et balises.
Le
Président l’écoute poliment, lui répond qu’il n’a que faire de sa demande, et
lui montre la porte.
Yvan
est déçu, mais n’est pas découragé.
Quelques
semaines plus tard, un évènement va changer le cours de sa carrière à AGA.
Il
est un habitué de l’Ambassade du Mexique
en Suède car Il donne régulièrement des
cours de mathématiques à l’un des fils de l’Ambassadeur. Il n’est pas rare que
l’Ambassadeur et son épouse l’invitent à prendre un verre ou le gardent à
dîner.
A
l’occasion d’une commémoration quelconque, il est invité à une grande réception
à l’Ambassade du Mexique.
A un
moment donné, l’Ambassadeur appelle son attention en lui disant :
-Tiens,
Yvan. Je pense qu’il est inutile que je te présente. Tu connais le Président de
ta Société ?
Et
Yvan de se retrouver devant celui qui l’avait
fichu à la porte !
On
est entre gens de bonne compagnie. Les deux hommes échangent quelques propos
anodins et vont chacun de leur côté.
Quelques
jours plus tard, Yvan est appelé chez le Président.
-Bon,
Le directeur de notre filiale à Buenos Aires prend sa retraite dans un an
½ ; Le poste sera pour toi.* Mais durant cette période, tu vas passer dans
tous les services de la société afin de tout savoir sur notre travail, nos
objectifs et nos plans pour l’avenir. J’ai donné des instructions en
conséquence. Bonne chance !
Et
Yvan a cessé de s’ennuyer...
Commentaires personnels
Je
pense qu’il y a eu beaucoup de malignité de la part de S.E. M. Maldonado. Sans doute Yvan avait dû
lui raconter sa fin de non recevoir !
Paru dans le journal
de la société AGA, sous le tître « Avena retourne en Argentine »
Courant
1962, Yvan s’embarquait pour l’Argentine sur un cargo de commerce suédois avec
femme et enfant, pour prendre son poste à Buenos Aires.
L’affaire
a mal tourné : les Argentins avaient leur propre candidat pour la
succession et Yvan n’a pas gagné la bataille. Ils sont retournés en Suède
l’année d’après.
*En Suède, à partir du moment où les
gens se sont présentés en échangeant leurs noms, le tutoiement est de rigueur,
quelles que soient les fonctions des
personnes.