vendredi 28 octobre 2016

Paroles de grand mère



J’ai vécu chez ma grand mère paternelle de 1942 à 1947. 


Quand cette petite femme brune au teint mat posait sur son chignon un voile noir pour se rendre à la messe  le dimanche,  elle ne pouvait renier les ancêtres espagnols qui traînaient dans sa famille !
 
Paris 1915. Maria Binet et ses quatre enfants. Victor, Zenaïde, Eugène (mon père, le plus jeune) et Rose

Quelques souvenirs :


Un matin je la vis, assise sur le bord de son lit et se frottant le ventre. Inquiète, je lui demandai si elle se sentait mal.

-Non, ma fille. Mais avant de me lever, je dois remettre tout en place !


Les dernières années de sa vie, elle disait souvent :

-Je vais bientôt rejoindre mon petit vieux.

A noter que « son petit vieux », mon grand père, rescapé des tranchées de la Guerre 1914/1918, mais,  comme on disait alors « gazé de guerre », est décédé avant d’atteindre ses 57 ans. 


Les effusions, avec grand mère, n’étaient pas le genre de la maison. Quand je m’approchais d’elle pour l’embrasser,   elle me repoussait en disant :

-Allez, allez, caresses de chiens ça donne des puces !

J’aime à croire qu’elle se conduisait ainsi    quand j’avais commis une sottise et que je voulais me faire pardonner...

...Car je sais qu’elle m’aimait profondément.

vendredi 21 octobre 2016

Les bonnes relations



Stockholm. Fin des années 50.

Je n’ai pas vécu ces évènements qui m’ont été contés par Yvan que  je ne connaissais pas encore ; il était marié, à l’époque, avec sa première épouse.

Il travaillait depuis quelques années dans une importante société suédoise « AGA » un peu l’équivalent (et l’un des concurrents) de « AIR LIQUIDE » en France.

En tant que dessinateur industriel, il était dans le service  des phares et balises, un important secteur de la société. Mais il s’ennuyait. Le fait qu’il était sans doute à l’époque un des dix spécialistes au monde dans ce domaine lui importait peu : il en avait ras le bol de dessiner des phares et des balises !

Il sait que AGA a une filiale à Buenos Aires. Un retour sur les lieux de sa jeunesse ne lui déplairait pas.

En Suède, il est plus facile d’accéder à la direction de l’entreprise que dans le reste de l’Europe. Il parvient donc facilement à être reçu par le Président de AGA, Gunnar DALEN, qui n’est autre que le fils aîné de Gustav DALEN, fondateur de AGA et Prix Nobel de physique en 1912 pour ses travaux, précisément, sur les phares et balises.

Le Président l’écoute poliment, lui répond qu’il n’a que faire de sa demande, et lui montre la porte.

Yvan est déçu, mais n’est pas découragé.

Quelques semaines plus tard, un évènement va changer le cours de sa carrière à AGA.

Il est un habitué de  l’Ambassade du Mexique en Suède car Il donne régulièrement  des cours de mathématiques à l’un des fils de l’Ambassadeur. Il n’est pas rare que l’Ambassadeur et son épouse l’invitent à prendre un verre ou le gardent à dîner.

A l’occasion d’une commémoration quelconque, il est invité à une grande réception à l’Ambassade du Mexique.

A un moment donné, l’Ambassadeur appelle son attention en lui disant :

-Tiens, Yvan. Je pense qu’il est inutile que je te présente. Tu connais le Président de ta Société ?

Et Yvan de se retrouver devant celui qui  l’avait fichu à la porte !

On est entre gens de bonne compagnie. Les deux hommes échangent quelques propos anodins et vont chacun de leur côté.

Quelques jours plus tard, Yvan est appelé chez le Président.

-Bon, Le directeur de notre filiale à Buenos Aires prend sa retraite dans un an ½ ; Le poste sera pour toi.* Mais durant cette période, tu vas passer dans tous les services de la société afin de tout savoir sur notre travail, nos objectifs et nos plans pour l’avenir. J’ai donné des instructions en conséquence. Bonne chance !

Et Yvan a cessé de s’ennuyer... 

Commentaires personnels

Je pense qu’il  y  a eu beaucoup de malignité de la part  de S.E. M. Maldonado. Sans doute Yvan avait dû lui raconter sa fin de non recevoir !





                  Paru dans le journal de la société AGA, sous le tître « Avena retourne en Argentine »



Courant 1962, Yvan s’embarquait pour l’Argentine sur un cargo de commerce suédois avec femme et enfant, pour prendre son poste à Buenos Aires.
L’affaire a mal tourné : les Argentins avaient leur propre candidat pour la succession et Yvan n’a pas gagné la bataille. Ils sont retournés en Suède l’année d’après.





 *En Suède, à partir du moment où les gens se sont présentés en échangeant leurs noms, le tutoiement est de rigueur, quelles que  soient les fonctions des personnes.


lundi 10 octobre 2016

Un oubli fâcheux



Fin des années 60.

Notre ami Roberto Otero, photographe et journaliste argentin et sa compagne, Aïtana, sont en visite à Mougins, chez Pablo Picasso. Aïtana est la fille du poète espagnol Rafaël Alberti, lequel est très ami avec Picasso. L’Andalousie est leur terre natale, et ça crée des liens !






 Picasso et Aïtana (photo R. Otero)
Nos amis doivent retourner en Espagne, où ils habitent. Avant leur départ, Picasso leur fait cadeau de deux dessins aquarellés, sortis récemment de son imagination toujours féconde, bien qu’il soit presque nonagénaire.

Le couple a dû repartir de Mougins assez tard dans la journée et ils s’arrêtent dans un hôtel pour y passer la nuit.

Comme ils doivent sortir de l’hôtel pour aller dîner, Aïtana, sans en parler à Roberto, cache les deux dessins dans un tiroir, sous la feuille de papier protégeant le fond du tiroir.

Les voilà repartis le lendemain matin. A peu près à une centaine de km, Aïtana s’exclame :

- Les dessins de Pablo!  Je les ai oubliés !

Ils font demi-tour. En pure perte. L’hôtelier a juré ses grands dieux qu’aucun   dessin de Picasso n’avait été trouvé dans la chambre qu’ils avaient occupée. 

Quels recours ? Ils sont repartis bredouilles et furieux...


Nota

Je viens de me renseigner : un dessin aquarellé de l’époque vaut maintenant entre 50 et 70.000 Euros !!
Aïtana et Roberto (qui est décédé) se sont quittés il y a bien longtemps.
Aïtana vit maintenant à Cuba où elle est Présidente d’une association  appelée « Projet Culturel du Sud pour la diffusion de la poésie et des arts », regroupant une trentaine de villes en Europe et en Amérique.

mardi 4 octobre 2016

Arrêt de jeu



Avec un couple d’amis habitant comme nous à Lectoure, dans le Gers, nous décidons de nous offrir un  dîner au restaurant du Casino de Castera-Verduzan,  petite station thermale à une trentaine de kms de chez nous .Après ces agapes, comment ne pas se laisser tenter par les jeux ? Nous nous installons, en joueurs modestes, à une table de jeu de boule. (1)

A un moment donné, je mise sur le 7. A ma grande satisfaction, la boule s’arrête sur mon chiffre. Le croupier distribue les gains et mon contentement est de courte durée : le mien va a une autre personne qui l’empoche sans vergogne !. J’étais la seule à avoir joué le 7. Je proteste vigoureusement,, l’autre se défend, bref, moment de pagaille. J’insiste, car je ne suis pas disposée à perdre mon petit gain. Le numéro plein paye 7 fois la mise et comme j’ai joué 5 euros, j’aimerais entrer dans mes fonds, soit 35 Euros. Le croupier calme  le jeu (c’est la bonne expression !) et envoie un de ses adjoints aux caméras de surveillance au premier étage.  Le jeu est donc arrêté. Mouvements divers d’impatience des joueurs avides qui se pressent autour de la table, mais je reste impavide, sûre de mon bon droit. Je sens les regards un peu inquiets d’Yvan et de mes amis, souhaitant que je ne me sois pas trompée...Nous sommes en hiver et je porte une veste en jersey  montée sur un tissage du Guatemala (2) aux couleurs contrastées et  vives qui doit être facilement repérable par les caméras.
 


Cinq minutes plus tard, le croupier réapparaît. « Effectivement, Madame, c’est vous qui avez misé sur le 7. Avec nos excuses, veuillez accepter ce petit présent du Casino ». Et de me payer le double de ma mise !  J’ai encaissé mes 70 Euros en remerciant le personnel de sa courtoisie. Coutoisie qui est allée jusqu’à ne pas réclamer au joueur la mise qui lui avait été indûment imputée... La classe, quoi !

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(1)Le même principe que la roulette, mais le jeu de boule ne composte que 9 cases et paye donc des gains beaucoup moins élevés.
(2) Tisssage de Nahuala (Etthnie quiché)